A la uneINTÉGRATION RÉGIONALEMAIN COURANTE

Guinée équatoriale : la double peine de la récession et de l’inflation

Pendant que les voyants économiques repassent timidement au vert en Afrique centrale, un pays continue de rouler à contre-sens. « Au premier trimestre 2026, la Guinée équatoriale est devenue la seule économie de la CEMAC à afficher une récession relative », signale la Gaceta de Economía.

Plus troublant encore, poursuit le quotidien équato-guinéen dans son édition du 3 juillet 2026 : « elle détient également le record régional de l’inflation, avec une hausse des prix estimée à 4,1 % sur l’année ».
Le contraste est brutal. D’un côté, la sous-région profite du regain des matières premières et d’une activité plus soutenue. De l’autre, Malabo voit son moteur économique tousser. Une anomalie pour un pays qui, il y a encore quelques années, affichait l’un des revenus par habitant les plus élevés d’Afrique grâce à l’or noir.

La raison tient en un mot : pétrole. « Depuis plus de vingt ans, l’économie équato-guinéenne vit au rythme des plateformes offshore et des cargaisons d’hydrocarbures. Mais les champs vieillissent, la production s’érode et les recettes suivent la même trajectoire. Le modèle qui a porté la croissance montre aujourd’hui ses limites », écrit la Gaceta de Economía. À en croire le média, le paradoxe est cruel : « au moment où l’activité ralentit, les prix, eux, accélèrent. Transport, santé, services, produits importés : les ménages voient leur budget grignoté par une inflation qui dépasse largement le plafond communautaire de 3 %. Une situation d’autant plus délicate que le pays dépend fortement des importations pour sa consommation courante ».
Autre symptôme de cette fragilité : « le crédit devient un luxe. Les entreprises font face à des taux d’intérêt parmi les plus élevés de la sous-région, réduisant leur capacité à investir, embaucher ou se diversifier. Pour les PME, déjà peu nombreuses, l’accès au financement ressemble souvent à un parcours d’obstacles ».

Le cas équato-guinéen rappelle une leçon souvent répétée sur le continent : la richesse en ressources naturelles ne garantit pas la résilience économique. Lorsque l’essentiel de la croissance repose sur un seul secteur, chaque baisse de production ou chaque choc sur les marchés internationaux se transforme en onde de choc nationale.

Les autorités régionales espèrent toutefois un rebond dans les prochains mois, porté par le gaz naturel et une amélioration de l’environnement énergétique mondial. Mais la question centrale demeure entière : comment transformer la rente pétrolière en une économie capable de vivre sans elle ? Car au fond, la Guinée équatoriale ne souffre peut-être pas d’une crise de croissance. Elle traverse surtout la fin d’une époque économique.

Bobo Ousmanou

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page