Inflation : le Cameroun repasse sous les 3 %, mais la vie chère résiste

Après quatre années passées au-dessus de la limite fixée par la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), le Cameroun retrouve enfin un peu d’air. Le taux d’inflation moyen est repassé sous le seuil communautaire de 3 %, une première depuis 2022. Une performance qui traduit un ralentissement de la hausse des prix, mais qui peine encore à se faire sentir dans le quotidien des ménages.

Selon les dernières données compilées par l’Institut national de la statistique (INS), l’inflation moyenne sur les douze derniers mois s’établit à 2,9 %. Un niveau inférieur au plafond retenu par les pays de la Cemac dans le cadre de leurs critères de convergence macroéconomique. Une évolution qui marque une rupture avec les années de fortes turbulences, lorsque la flambée des prix de l’énergie, les perturbations logistiques mondiales et les conséquences des crises sécuritaires avaient alimenté une poussée inflationniste inédite.
Sur le papier, le signal est encourageant. Il témoigne d’un retour progressif à une certaine stabilité des prix et conforte les efforts engagés par les autorités monétaires et budgétaires. Pour Yaoundé, ce retour dans les clous communautaires constitue également un indicateur favorable pour la crédibilité macroéconomique du pays.
Mais derrière les moyennes statistiques, la réalité demeure plus contrastée. Car si les prix augmentent moins vite, ils continuent malgré tout de progresser. Et certains postes de dépenses restent particulièrement sous tension. Les produits alimentaires, notamment, continuent de tirer les prix vers le haut. Les coûts du transport, les difficultés d’approvisionnement et les aléas climatiques continuent d’exercer une pression sur les marchés.
Dans les foyers, le sentiment d’une vie chère persiste. Le ralentissement de l’inflation ne signifie pas un retour en arrière des prix. Il traduit simplement une hausse moins rapide qu’au cours des années précédentes. Pour de nombreux consommateurs, le poisson, les céréales, les huiles ou encore les légumes demeurent des produits dont le coût pèse lourdement sur le budget familial.
Cette décrue constitue néanmoins une bonne nouvelle pour l’économie camerounaise. Elle pourrait contribuer à améliorer le climat des affaires et à soutenir la consommation, dans un contexte où les perspectives de croissance restent favorables. Les institutions financières internationales anticipent d’ailleurs une poursuite du reflux inflationniste au cours des prochains mois.
Reste que le véritable test se jouera moins dans les tableaux statistiques que dans les marchés et les cuisines des ménages. Car pour les Camerounais, la bataille contre l’inflation ne sera réellement gagnée que lorsque la baisse des tensions sur les prix se traduira par un pouvoir d’achat plus robuste. Entre les chiffres et les caddies, il subsiste encore un écart que les indicateurs macroéconomiques ne suffisent pas à combler.
Jean-René Meva’a Amougou



