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L’Afrique centrale à l’ONU : le retour du dossier qu’on croyait rangé

Le Conseil de sécurité aime les rendez-vous saisonniers. Comme les collections de mode ou les bulletins météo, il ressort périodiquement son dossier « Afrique centrale » pour constater que les nuages sont toujours là, parfois plus épais, rarement dissipés.

Mardi 9 juin, les quinze membres du cénacle onusien ont donc replongé dans les chroniques d’une région dont les secousses finissent souvent par intéresser la planète avec un temps de retard.
À New York, la sous-secrétaire générale pour l’Afrique, Martha Pobee, a livré un diagnostic qui ressemble à ces bulletins médicaux où l’on annonce que le patient est stable, tout en précisant qu’il reste sous surveillance rapprochée. Certes, quelques avancées sont saluées. Des élections ont été organisées ici, des réformes institutionnelles engagées là. La Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale (CEEAC), longtemps plus connue pour ses sommets et ses communiqués que pour ses résultats, est désormais présentée comme une structure capable de contribuer au maintien de la paix. L’organisation régionale se voit même félicitée pour son plan stratégique de lutte contre les drogues.
Le compliment n’est pas anodin. En Afrique centrale, les encouragements internationaux sont parfois distribués avec la parcimonie d’un banquier devant un dossier de crédit douteux. Alors quand la diplomatie mondiale décoche quelques fleurs, il convient de les accueillir avant qu’elles ne se fanent.

Mais derrière les politesses protocolaires, le rapport des Nations unies sonne surtout comme un rappel à l’ordre. Car l’Afrique centrale demeure ce paradoxe géopolitique où les institutions progressent parfois plus vite que les libertés. À entendre Martha Pobee, les restrictions des droits civils et politiques continuent de gagner du terrain. Une façon diplomatique de dire que certains gouvernements semblent avoir une conception très personnelle du pluralisme : tout le monde est invité à participer, à condition d’être d’accord.
Le Cameroun, le Gabon et la RDC figurent ainsi parmi les pays pointés du doigt. Rien de nouveau sous le soleil équatorial. Les rapports se succèdent, les préoccupations se répètent et les dirigeants concernés répondent généralement avec la même partition : souveraineté nationale, spécificités locales et rejet des « leçons venues d’ailleurs ». Un classique du répertoire diplomatique africain.

Pendant ce temps, les crises, elles, ne connaissent pas les frontières administratives. Le conflit soudanais continue de déverser ses conséquences sur les pays voisins. Le Tchad accueille près de 900 000 réfugiés soudanais tout en gérant le retour de 300 000 de ses propres ressortissants. Une pression démographique et humanitaire qui met à rude épreuve des ressources déjà limitées. La cohésion sociale, cette expression élégante utilisée par les organisations internationales, désigne en réalité une équation plus terre-à-terre : comment partager une assiette qui n’était déjà pas très garnie avant l’arrivée des nouveaux convives ?
L’insécurité demeure également une vieille connaissance. Au Cameroun et au Tchad, Boko Haram et divers groupes armés continuent de rappeler que les victoires militaires proclamées à intervalles réguliers ressemblent parfois aux annonces de retraite d’un boxeur qui remonte systématiquement sur le ring. L’ONU insiste donc sur un point que les stratèges militaires entendent souvent d’une oreille distraite : la sécurité ne se résume pas aux armes. Sans programmes de développement, sans perspectives économiques et sans stabilisation des territoires fragiles, les succès tactiques risquent de se transformer en parenthèses. D’où cet appel adressé aux banques multilatérales pour financer davantage que des études et des conférences climatisées.
Et puis il y a l’éternel invité surprise des réunions africaines : les épidémies. En RDC, Ebola continue de figurer parmi les préoccupations majeures. Comme si la région n’avait décidément pas assez de ses crises politiques et sécuritaires pour devoir également composer avec les urgences sanitaires.

Au fond, le Conseil de sécurité redécouvre régulièrement ce que les populations d’Afrique centrale savent depuis longtemps : les conflits, les déplacements de populations, les atteintes aux libertés et les crises sanitaires ne fonctionnent pas en silos. Tout est lié. Mais entre la lucidité des rapports et la volonté politique de changer les choses, il existe souvent un océan plus vaste que l’Atlantique qui sépare New York de N’Djamena, Kinshasa ou Yaoundé.
Et pendant que les diplomates empilent les résolutions, l’Afrique centrale poursuit sa route, avec cette étrange habitude de survivre aux crises que le monde s’obstine à découvrir tous les trois mois. Une forme de résilience admirable, certes, mais qui ne devrait jamais servir d’alibi à l’indifférence. Car à force de considérer l’Afrique centrale comme un sujet de réunion parmi d’autres, la communauté internationale risque de transformer l’urgence permanente en simple rubrique de calendrier. Une tragédie bureaucratique dont les populations, elles, paient chaque jour les frais bien réels.

Jean-René Meva’a Amougou

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