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L’Afrique…Une nouvelle fois à la porte du septième étage

Le secrétaire général des Nations unies n’est ni un chef d’État mondial ni un général en chef des consciences universelles.

Il ne dispose ni d’armée, ni de budget souverain, ni même du pouvoir de contraindre les puissants à respecter les règles qu’ils ont eux-mêmes écrites. Son arme principale reste la parole. Ce qui, dans un monde dominé par les missiles, les drones et les rapports de force, peut parfois ressembler à un équipement de survie particulièrement léger. C’est pourtant l’un des postes les plus stratégiques de la planète. Son pouvoir est celui, plus fragile mais parfois plus décisif, de la parole, de l’arbitrage et de la persuasion. Une autorité morale dans un monde qui en manque cruellement.

Lorsque António Guterres quittera le siège de verre de New York le 31 décembre prochain, son successeur héritera d’une organisation malmenée par les guerres, les rivalités entre grandes puissances, l’urgence climatique, la crise de financement du multilatéralisme et la tentation grandissante du chacun pour soi national. L’ONU ressemble de plus en plus à un pompier auquel les pyromanes reprochent de ne pas éteindre assez vite les incendies qu’ils allument eux-mêmes.

Dans cette course difficile, un candidat attire particulièrement l’attention du continent africain : Macky Sall. L’ancien président sénégalais possède les qualités que recherchent généralement les membres du Conseil de sécurité : une longue expérience du pouvoir, une connaissance des mécanismes internationaux et une réputation de négociateur prudent, parfois même jusqu’à l’excès. Son principal argument n’est pourtant pas personnel. Il est géopolitique.

L’Afrique revient dans la conversation mondiale au moment même où le centre de gravité démographique, économique et stratégique de la planète se déplace progressivement vers le Sud. D’ici quelques décennies, un être humain sur quatre sera africain. Le continent concentre déjà certains des plus grands enjeux du siècle : urbanisation, transition énergétique, sécurité alimentaire, climat, ressources minières et croissance démographique.

Pourtant, les lieux où se décide l’ordre mondial continuent souvent de fonctionner comme si le calendrier s’était arrêté en 1945. Certes, l’Afrique n’est pas une terre inconnue au sommet des Nations unies. L’Égyptien Boutros Boutros-Ghali puis le Ghanéen Kofi Annan ont dirigé l’organisation entre 1992 et 2006, laissant des héritages différents mais une même conviction : aucune stabilité internationale durable ne peut être construite contre le Sud ou sans lui. Depuis le départ de Kofi Annan, voilà pourtant vingt ans que le continent regarde défiler les secrétaires généraux depuis les tribunes.

La candidature de Macky Sall pose donc moins la question d’une première historique que celle d’un retour. Naturellement, l’ONU n’est pas un système de rotation continentale. On ne distribue pas le poste selon un principe de quota géographique ou de compensation diplomatique. Le prochain secrétaire général devra convaincre Washington sans inquiéter Pékin, dialoguer avec Moscou sans perdre Bruxelles et parler au Sud sans effrayer le Nord. Une équation qui relève davantage de l’acrobatie que de la diplomatie classique. Car la vérité de cette élection est connue de tous : les candidats parlent devant les caméras, mais la décision finale appartient aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Les débats publics relèvent de la transparence démocratique ; les arbitrages réels restent l’affaire des grandes puissances.

Le futur secrétaire général devra donc réussir un exercice presque impossible : être suffisamment indépendant pour défendre la Charte des Nations unies tout en demeurant assez prudent pour ne jamais provoquer ceux qui disposent du droit de veto. Le poste exige le courage sans l’imprudence, l’autorité sans le pouvoir et la fermeté sans la confrontation directe. Autrement dit, l’un des métiers les plus difficiles du monde. Si Macky Sall devait finalement s’imposer, l’événement dépasserait largement les frontières du Sénégal ou même de l’Afrique. Il consacrerait une réalité devenue évidente : le multilatéralisme du XXIe siècle ne peut plus continuer à être administré exclusivement selon les équilibres hérités du siècle précédent.

L’ONU a été construite pour éviter le retour des guerres mondiales. Elle doit désormais apprendre à gérer un monde qui n’est plus occidental, plus tout à fait bipolaire et pas encore véritablement multipolaire. Peut-être est-ce précisément dans cette période d’incertitude qu’une voix venue d’Afrique pourrait trouver sa place. Après tout, les moments de transition ont souvent besoin de regards venus des marges pour réinventer le centre.

Jean-René Meva’a Amougou

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