A la uneINTÉGRATION RÉGIONALEMAIN COURANTE

Le Cameroun entre flux migratoire et crise au Nord : La pression s’accentue

Le Cameroun reste en avril 2026 l’un des pays d’Afrique centrale les plus exposés à la crise des déplacements forcés. Sur place cependant, la disponibilité des ressources ne cesse de se dégrader.

Une action humanitaire à la peine à l’Extrême-nord

Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) est formel. La pression migratoire reste une réalité au Cameroun. Le pays abrite à fin avril 2026 plus de 502 868 réfugiés et demandeurs d’asile, auxquels s’ajoutent près de 1,2 million de personnes déplacées internes. Un fardeau humanitaire qui pèse lourdement sur l’Adamaoua, l’Est, le Nord et l’Extrême-nord, des régions déjà fragilisées par l’insécurité et la pauvreté.

Les communautés étrangères y ciblées par l’aide étrangère proviennent de la Centrafrique, du Nigeria, du Tchad, de la République du Congo, de la République démocratique du Congo, du Soudan, du Rwanda, du Burkina Faso, du Burundi et du Mali.
La principale population réfugiée demeure toutefois celle originaire de Centrafrique, avec 322 421 personnes enregistrées à l’Est, l’Adamaoua et au Nord. L’apaisement relatif observé fin 2025 à Bangui n’a pas suffi à enclencher des retours massifs. Leur situation dans les frontières camerounaises reste cependant précaire. L’accès aux champs reste limité, et la saison des pluies qui démarre complique l’aide alimentaire. Les camps de Lolo, Gado et Timangolo affichent un taux d’occupation supérieur à 95 %. Dans l’Extrême-Nord, la situation reste volatile. Près de 126 006 réfugiés nigérians, fuyant les attaques de Boko Haram et de l’Iswap, sont regroupés dans le camp de Minawao et dans les communautés hôtes du département du Mayo-Sava.

Angle mort
Le nombre de réfugiés n’a cessé de croitre au Cameroun où l’on est passé de 116 449 personnes en 2014 à plus d’un demi-million à fin avril 2026. Là où le bât blesse, c’est au niveau du financement. Les plans de réponse humanitaire restent sous finances avec pour résultat un système humanitaire sous perfusion qui peine à couvrir les besoins vitaux de plus de 3 millions de personnes. Le gouvernement camerounais a continuellement réaffirmé sa politique de porte ouverte, mais il appelle à un partage plus équitable du fardeau. En 2023, alors que 40,7 millions de dollars étaient sollicités en faveur de 2,7 millions de personnes, le plan n’a été finance qu’à 28% laissant 1,5 millions d’individus sans assistance. En 2024, les plans sont revus à la baisse avec 371,4 millions de dollars requis pour une aide à 2,7 millions d’individus. Le Bureau de coordination de l’action humanitaire reconnait que seuls 1,5 millions ont reçu l’assistance. En 2025, les choses sont allées de mal en pis avec les coupes budgétaires américaines. Les conséquences sont nombreuses, à commencer par l’affaiblissement de la protection alimentaire des communautés réfugiées. Lequel est marqué depuis 2024 par une réduction de la ration des réfugiés de 50% dans les régions de l’Est, l’Adamaoua, le Nord et l’Extrême-nord.

Aujourd’hui, la menace pèse sur la coordination de la protection internationale. “Le sous financement humanitaire qui a démarré en 2025 a entrainé une réduction drastique des capacités régionales de gestion de l’information en Afrique de l’Ouest et centrale”, souligne le Bureau de coordination (Ocha) ce 7 mai 2026. Autrement dit : la crise de financement humanitaire commence à aveugler ceux qui coordonnent la réponse. L’Ocha met à nu l’effondrement en cours des capacités régionales de gestion des données. Conséquence: les décisions pour les plans de réponse humanitaire, la priorisation de l’aide et l’action anticipée s’appuient sur des données obsolètes, incomplètes ou non comparables. À cela s’ajoutent l’affaiblissement des capacités d’analyse et son corollaire le recul du travail qualificatif. La localisation, axe majeur de la reforme humanitaire, est également menacée.
Le Cameroun, confronté à trois crises simultanées, est directement concerné. 3,3 millions de personnes y avaient besoin d’assistance en 2025. Avec des données moins fiables, le ciblage des populations vulnérables déviant plus incertain, augmentant les risques d’exclusion et de doublons. La localisation de l’aide est aussi fragilisée faute d’appui technique aux ONG et aux services de l’État.

Une jeunesse prise au piège
Derrière les statistiques, ce sont des trajectoires individuelles qui s’épuisent. Plus de 60 % des réfugiés au Cameroun ont moins de 25 ans. L’accès à l’éducation et à l’emploi reste limité. Dans les camps de l’Est, seuls 42 % des enfants réfugiés sont scolarisés au secondaire. Le taux de décrochage scolaire augmente avec l’arrivée des pluies, les familles privilégiant les activités agricoles informelles. Le Cameroun mise sur les programmes de résilience et de cohabitation pacifique pour éviter la radicalisation et les tensions avec les populations locales. Mais sans financement supplémentaire, ces programmes risquent d’être réduits dès juin 2026.

Louise Nsana

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page