Le débat sur la Constitution et les vraies urgences du peuple congolais

Depuis quelques jours, le torchon brûle entre l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) et la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO).

À l’origine de cette tension se trouve le refus catégorique des évêques congolais de soutenir un projet de modification de la Constitution. Pour les prélats, il n’existe aujourd’hui ni urgence ni nécessité de toucher au texte fondamental du pays. Leur position rappelle d’ailleurs celle qu’ils avaient adoptée en 2018, lorsque l’ancien président Joseph Kabila voulait modifier les règles du jeu institutionnel afin de briguer un troisième mandat.
À cette époque, l’UDPS était en accord avec la CENCO. Plusieurs membres du parti avaient même participé aux mobilisations des fidèles laïcs catholiques qui dénonçaient toute tentative de changement constitutionnel pouvant permettre à un dirigeant de prolonger son séjour au pouvoir. Comment comprendre que ceux qui condamnaient hier cette pratique puissent désormais la défendre ? Pourquoi ce qui était considéré comme dangereux hier devient-il acceptable aujourd’hui ?
Le pouvoir actuel devrait répondre à ces interrogations au lieu de chercher à discréditer les évêques. La démocratie ne consiste pas seulement à applaudir ceux qui soutiennent le gouvernement. Elle suppose aussi d’accepter la critique, surtout lorsqu’elle vient d’une institution qui joue depuis longtemps un rôle important dans la vie nationale congolaise.
Les attaques contre certains responsables religieux illustrent malheureusement la tension actuelle. À Tshikapa, des motards ont fait irruption dans la paroisse Saint-André en scandant: « Tshitoko dégage ! », visant ainsi Pierre Célestin Tshitoko, évêque de Luebo. Sur les réseaux sociaux, certains soutiens du pouvoir n’ont pas hésité à s’en prendre à Félicien Ntambwe Kasembe, archevêque de Kananga, l’accusant de détournements d’argent destiné à des projets religieux et sociaux dans la région.
Ces méthodes posent une question fondamentale: faut-il attaquer l’Église chaque fois qu’elle exprime un désaccord avec le pouvoir ? Les évêques ne sont pas des adversaires politiques. Lorsqu’ils dénoncent une situation qu’ils considèrent injuste, ils estiment agir au nom de leur mission morale et de leur responsabilité envers la société. L’Histoire montre d’ailleurs que l’Église catholique congolaise a souvent joué un rôle dans la défense de la démocratie, notamment dans les périodes de crise.
Le président Félix Tshisekedi et ses partisans devraient comprendre une chose: une institution religieuse qui parle au nom de la justice sociale et de la dignité humaine ne cherche pas forcément à déstabiliser un régime. Elle veut simplement rappeler au pouvoir ses obligations envers le peuple.
Entre la modification de la Constitution et les souffrances quotidiennes des Congolais, quelle doit être la priorité ? La Constitution actuelle empêche-t-elle le chef de l’État de lutter contre la corruption ? L’empêche-t-elle de construire des routes, des écoles et des hôpitaux ? L’empêche-t-elle d’améliorer les conditions de vie des enseignants, des fonctionnaires et de tous ceux qui travaillent à faire avancer le pays ?
Dans plusieurs démocraties occidentales, des dirigeants quittent le pouvoir après deux mandats parce qu’ils considèrent que leur mission a une durée limitée. Ils savent qu’une nation ne dépend pas d’un seul homme et qu’il existe une vie après la présidence. Le départ volontaire n’est pas un échec. Il peut être au contraire une preuve de maturité démocratique.
La RDC a aujourd’hui besoin d’autre chose qu’un débat constitutionnel qui risque de détourner l’attention des véritables problèmes. Le pays a besoin de paix dans l’Est, à Goma, à Bukavu et dans toutes les zones où les populations vivent dans la peur et l’insécurité.
Il a besoin de justice, de réconciliation et d’institutions solides. Il a besoin de dirigeants capables d’écouter les critiques et de répondre aux attentes d’un peuple fatigué par les promesses non tenues.
La question essentielle n’est pas de savoir comment conserver le pouvoir plus longtemps. Elle est de savoir comment utiliser le pouvoir pour transformer la vie des citoyens. Un dirigeant véritablement attaché à son pays devrait chercher avant tout à laisser derrière lui un héritage de progrès, de paix et de dignité.
Le peuple congolais n’attend pas une nouvelle bataille politique autour des textes institutionnels. Il attend des solutions concrètes. Il attend des dirigeants qui aiment réellement leur pays et qui travaillent à redonner espoir à une population qui a trop longtemps souffert.
Jean-Claude Djéréké



