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Lemma Bekele : «un système de sécurité africain fonctionnel est encore possible»

La Camerounaise, consultante-chercheuse au Centre africain de recherche sur la sécurité refuse tout fatalisme. Elle croit encore à un changement de paradigme sécuritaire en Afrique.

L’Afrique souffre-t-elle d’un déficit de sécurité à l’échelle continentale ?
L’évidence est là. Ce n’est pas une question de besoin, mais de conditions pour rendre ce système réellement opérationnel. Nous avons aujourd’hui des mécanismes comme l’ASF, mais leur efficacité reste fragmentée. Les coalitions régionales existent, mais elles se multiplient sans réelle coordination. L’enjeu est de les intégrer dans un cadre unifié qui préserve leur agilité tout en assurant la cohérence stratégique. La revue stratégique en cours de l’ASF est une fenêtre d’opportunité pour le faire.

Quels seraient les leviers prioritaires pour y parvenir ?
Le financement durable et prévisible est fondamental. La mise en œuvre de la résolution 2719 et le renforcement du Fonds pour la paix via des contributions endogènes (prélèvements sur les importations, contributions obligatoires indexées sur le PIB) sont indispensables. L’initiative CONNECT, conçue par et pour l’Afrique, montre que des plateformes multilatérales peuvent créer de véritables synergies et alléger la dépendance extérieure.

La sécurité ne peut-elle pas se limiter à la lutte antiterroriste ?
Absolument pas. Tout système qui ne prendrait pas en compte le développement économique, l’emploi des jeunes, la gouvernance et la justice sociale est voué à l’échec. La lutte antiterroriste est indissociable de la lutte contre les inégalités. Si l’on néglige ces aspects, on crée un terreau favorable aux violences futures.

Et le Sahel, souvent exclu des discussions ?
L’UA doit renouer le dialogue avec les États de l’AES. Ce n’est pas pour cautionner des changements anticonstitutionnels, mais pour éviter que l’exclusion de ces pays ne renforce l’insécurité collective. Le nouveau président de la Commission de l’UA, élu en février 2025, porte une responsabilité particulière sur ce point.

Peut-on rester optimiste ?
Oui, à condition que l’Afrique prenne pleinement en main sa sécurité, qu’elle intègre tous les mécanismes existants et qu’elle investisse dans un financement pérenne. Avec une approche holistique et inclusive, un système continental fonctionnel n’est pas un rêve impossible, mais un défi exigeant. Comme toujours, le diable est dans les détails… et la cohérence.

Propos rassemblés
par Ongoung Zong Bella

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