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Manifestation surnaturelle sur les rives de la Sanaga : de bons présages pour le peuple Ekang

Les communautés y relatives ont reçu, les 9 et 10 février, l’assurance des faveurs des ancêtres à l’occasion du premier pèlerinage Medang Meyom.

Communion des cœurs après la manifestation de l’immatériel

Bonne nouvelle pour le peuple Ekang. Il s’ouvre en sa faveur une année de prospérité, de fraternité, de paix, de réconciliation et de pardon. Assurance en a été donné les 9 et 10 février 2026 au collège des Zomloa conduit sur les rives de la Sanaga par le patriarche Clément Atangana, à l’occasion du premier pèlerinage Medang Meyom. Lequel évènement ethnique consiste en une célébration des ancêtres décédés dans les eaux et sur les rives de la Sanaga lors des migrations dudit groupe. «Nous avons travaillé toute la nuit. Nous avons fait des rites Ekang. Précisément les rites d’invocation, de purification et d’absolution. Lors des traversées, beaucoup de nos gens se sont noyés et l’homme Ekang sait que quand vous perdez quelqu’un. Soit par noyade, soit par accident ou par suicide, ce genre de mort attire la souillure au sein de la famille. Il faut donc purifier la famille pour qu’elle retrouve son épanouissement», explique Sa Dignité Ombede Ngah, zomloa Tsoungui.

Les évènements relatifs à cette tragédie sont survenus au 18e siècle, au plus fort des conquêtes de Ousmane Dan Fodio pour l’islamisation des peuples. Quoique des mouvements migratoires du peuple Ekang aient existé antérieurement, cette épopée a marqué l’histoire du fait de son caractère inédit. «La première symbolique c’est le serpent sur lequel le peuple Ekang est passé. Ce peuple s’est retrouvé face à un obstacle dans sa descente du Haut Nil jusque-là où nous résidons actuellement. Il n’y avait pas moyen de faire autrement. Ce serpent mythique se révèle donc à nous comme un salvateur. Le deuxième élément, c’est que lors de cette traversée, puisqu’il était interdit de placer un objet pointu sur le dos du serpent, quelqu’un par inadvertance l’a fait et le serpent s’est enfoncé dans l’eau. Beaucoup de gens sont morts et chez nous quand on meure par accident, Il faut qu’on ait un rite. Il fallait une mémoire pour ces morts parce quand quelqu’un meurt comme ça et qu’il n’est pas honoré par un rite, ça apporte de la malédiction à la communauté. Il s’agit donc de restaurer cette relation avec les gens qui sont partis sans qu’ils n’aient droit à une sépulture digne. On se réconcilie avec des gens qui sont partis par un rituel de consécration. Pour dire qu’ils soient bien accueillis au pays des ancêtres qui nous ont précédés. Qu’ils nous pardonnent de ne l’avoir pas fait plus tôt, c’était par ignorance. Et maintenant que nous le faisons, beaucoup de bienfaits vont se déverser dans la communauté », explique le Zomloa Assoumou Engo.

Doléances acceptées
L’organisation du Medang Meyom n’est pas un fait spontané, au milieu des enfants Ekang rassemblés à Yaoundé pour la circonstance, l’on évoque une réponse aux sollicitations des ancêtres. «Depuis un certain, les ancêtres se manifestent en pleurant chez certains zomloa initiés. Cela va au-delà, la situation de l’homme Ekang elle-même était compliquée. On nous dit qu’il faut faire ce rite de purification pour changer les choses», souligne le Zomloa Ombede Ngah. Il est question aujourd’hui de changer la donne et de conjurer le mauvais sort qui découle de cette entorse aux us et coutumes. L’on cite dans la foulée, la discorde entre les fils et filles Ekang, la prospérité non retrouvée, des phénomènes négatifs sur les familles et la société.

Toutes choses prises en main, une centaines de personnes ont pris part aux rites sur les rives de la Sanaga par Batchenga; où des manifestations surnaturelles ont apporté la conviction du devoir accompli. «Le Ngang medza nous est apparu. Il est d’abord apparu sous la forme d’un animal volant aux environs de 22h30 ou 23H. Le ciel s’est couvert des milliers de corbeaux et l’obscurité s’est faite épaisse autour de nous. Ensuite aux environs de 7h du matin ce mardi, il est de nouveau apparu sous la forme d’une colonne de feu qui se déplaçait sur le milieu de la rivière et qui nous suivait comme nous dansions l’Essani. Tout autour de lui, l’eau est devenue rouge. Le phénomène a duré une trentaine de minutes et là quelque chose d’extraordinaire est survenu, le soleil est lui aussi devenu rouge et il s’est posé sur l’eau comme cela se passe souvent au crépuscule», relate le zomloa Essama Minkoulou.

La suite de son récit évoque d’autres évènements de portée spirituelle survenus à Batchenga. «Pendant la plongée, alors que j’étais encore dans l’eau. Nous avons eu des frissons parce qu’il y a eu des mouvements dans l’eau. Comme si nous nous retrouvions en présence des êtres vivant dans l’eau. L’on m’a même suggéré de sortir de l’eau mais il n’y avait rien de mauvais car nous avons pu constater que l’offrande que nous avons apportée pour les ancêtres a été emportée sous les eaux. Mais bien heureusement, nous avons retrouvé notre panier des doléances. C’est la preuve que nos requêtes ont été acceptées, si cela n’était pas le cas, on n’aurait pas retrouvé ce panier», poursuit ce dernier.

Pérennisation du Medang Meyom
Réconciliation faite et connexion désormais rétablie entre le matériel et l’immatériel sur les rives de la Sanaga, le peuple Ekang entend perpétuer cette commémoration. Aussi fera-t-il l’objet d’un évènement annuel aux allures de retrouvailles, de concertation et de renforcement des liens entre les différentes communautés du peuple Ekang. «Pendant la traversée, d’autres n’ont pas suivi le mouvement migratoire; mais vous les retrouvez ici aujourd’hui. Ceux du Nord sont là. Des pèlerins sont venus de l’Est, du Sud, du Centre. C’est déjà positif. Evidemment, tout le monde ne peut pas venir dès la première édition. Ils vont être sensibilisés progressivement et ce sera un évènement d’une dimension sous régionale parce les Ekang se retrouvent au Cameroun mais également au Gabon, en Guinée Equatoriale, au Congo, en Centrafrique, et même à Sao Tomé et Principe», déclare le Zomloa Assoumou Engo.

Le mot est dit et des résolutions pour passer de la pensée au concret ont été prises durant cette première édition du pèlerinage Medang Meyom. Il s’agit concrètement de créer une Agence de développement de Medang Meyom. Des actions sont par ailleurs envisagées en vue de la mobilisation des ressources nécessaires afin de parvenir à une grand-messe annuelle. La toile de fond de la dynamique projetée est la valorisation, la préservation et la transmission aux générations futures des cultures et traditions Ekang. Articulée autour du Medang Meyom, Celle-ci emporte avec elle le renforcement des échanges et des liens intercommunautaires, l’actualisation des connaissances et la formation des jeunes Ekang au savoir ancestral; l’engagement pour la préservation de la nature, entre autres. «Les participants s’engagent à produire une base de données de tous les ritualistes Ekang, ainsi qu’à leur prise en charge; les participants s’engagent par ailleurs à établir une nomenclature des professions des ritualistes Ekang et un manuel de procédures pour les professions des ritualistes», ressort-il des principales résolutions du Medang Meyom 2026.

Louise Nsana

Madang Meyong 2026 : riche en couleurs et sonorités

Les rideaux se sont définitivement levés ce 10 février 2026 sur le pèlerinage Medang Meyom (la traversée de la Sanaga) 2026. L’évènement a satisfait à toutes les attentes cultuelles des grandes familles Ekang y représentées par leur collège de Zomloa et des chefs traditionnels. Notamment la bénédiction de ce peuple en vue d’une prospérité et d’une sérénité retrouvées. Dans la foulée des expériences vécues durant trois jours, les fils et filles Ekangs ressentent la nécessité d’en faire une tradition. Aussi le Medang Meyom se positionne dorénavant comme un cadre de rassemblement des fils et filles Ekang autour d’une même visée : l’appropriation et la transmission des us, coutumes, traditions, rites et rituels spécifiques. Au-delà des rapprochements avec les divinités Ekang, le Medang Meyom se présente dorénavant comme un cadre d’exposition des cultures de ce peuple. «On a fait d’une pierre deux coups. Ce genre d’évènements nous manquait chez les Ekang. Il a permis de mettre en exergue notre tissu qui est fait à base de l’écorce d’arbre appelé Obom. Nous avons ce concept qui oblige à rassembler les fils et filles Ekang; et pour ça, nous avons déjà à créer les signes et symboles Ekang. Nous en avons déjà inséré 90», Durant trois jours, chaque sonorité, chaque pas de danse Essani, chaque fibre de textile a raconté l’identité Spécifique Ekang.

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