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Mgr Samuel Kleda : «J’étais en prison »

Dans une charge rare contre les dérives carcérales, l’archevêque de Douala appelle à « humaniser les prisons » et rappelle qu’une nation se juge aussi à la manière dont elle traite ses détenus.

Mgr Samuel Kleda

L’archevêque métropolitain de Douala, Samuel Kleda, tire la sonnette d’alarme sur les conditions de détention dans les prisons camerounaises. Dans une lettre pastorale intitulée « Les conditions carcérales : appel à la conversion en vue de l’humanisation des prisons au Cameroun », le prélat invite les autorités, les fidèles et l’ensemble de la société à regarder en face la réalité vécue par les personnes privées de liberté.

S’appuyant sur la parole du Christ : « J’étais en prison et vous êtes venus jusqu’à moi » (Mt 25, 36), Mgr Kleda rappelle que la question carcérale ne relève pas uniquement de la justice pénale. Elle constitue, selon lui, « un défi moral, humain et spirituel » pour toute la nation.

Dans son pamphlet, l’archevêque dénonce plusieurs dérives préoccupantes. Il évoque notamment « les enlèvements, les disparitions et les détentions arbitraires », parfois réalisées sans mandat et sans information des familles. Il pointe également les conditions de détention dans certains commissariats et brigades de gendarmerie, marquées par « la surpopulation, le manque d’aération, d’eau potable, d’hygiène et de nourriture ».

La situation dans plusieurs établissements pénitentiaires du Cameroun est également au cœur de ses préoccupations. Promiscuité, insalubrité et insécurité rythment le quotidien de nombreux détenus, tandis que les longues détentions préventives continuent d’engorger les prisons. « De nombreux prisonniers attendent encore d’être jugés », rappelle-t-il, dénonçant les lenteurs de la chaîne judiciaire.

Pour Mgr Kleda, la privation de liberté ne doit jamais signifier la perte de la dignité humaine. « Toute personne, même détenue, demeure créée à l’image de Dieu », écrit-il. La justice, insiste-t-il, ne peut se limiter à la sanction. Elle doit aussi favoriser « la réparation, la conversion, la réinsertion et la restauration de la personne ».

Suggestions
L’archevêque formule plusieurs recommandations concrètes : mettre fin aux disparitions forcées et aux détentions secrètes, garantir l’enregistrement légal de toute arrestation, renforcer les effectifs de magistrats, respecter les délais légaux de garde à vue et développer les peines alternatives pour les délits mineurs. Il propose également la création d’une commission indépendante chargée d’évaluer le fonctionnement de la chaîne judiciaire et pénitentiaire.

Au-delà des réformes institutionnelles, le prélat lance un appel à la responsabilité collective. « Ignorer la souffrance du prisonnier, c’est ignorer le Christ. Travailler à soulager sa détresse et à rétablir la justice, c’est servir le Christ », affirme-t-il.
Par cette prise de parole, l’Église catholique réaffirme sa mission de veille sociale et rappelle qu’une société se juge aussi à la manière dont elle traite les plus vulnérables, y compris ceux qui vivent derrière les barreaux.

Jean-René Meva’a Amougou

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