Mobilité urbaine à Douala : le BRT intègre les moto-taxis dans sa révolution des transports
Alors que les autorités multiplient les concertations autour de ce vaste chantier destiné à transformer durablement la mobilité dans la capitale économique, une nouvelle étape vient d’être franchie avec l’annonce d’une enveloppe de 820 millions de FCFA destinée à favoriser l’intégration des motos-taxis au futur système de transport urbain.

Le projet de Bus Rapid Transit (BRT) de Douala poursuit sa marche vers sa concrétisation. Longtemps perçus comme de simples concurrents des transports collectifs classiques, les conducteurs de motos-taxis, communément appelés « bendskineurs », sont désormais considérés comme des acteurs incontournables du futur écosystème de mobilité urbaine de Douala.
Selon les responsables du Projet de mobilité urbaine de Douala (PMUD), cette enveloppe vise à accompagner la restructuration et la professionnalisation du secteur afin de permettre aux motos-taxis de jouer un rôle complémentaire au futur réseau de bus à haut niveau de service. Cette approche s’inscrit dans une logique d’intermodalité, un concept qui consiste à faciliter la correspondance entre différents modes de transport pour améliorer les déplacements des usagers.
Concrètement, les motos-taxis devront assurer le rabattement des passagers depuis les quartiers périphériques vers les stations du BRT et inversement. Une mission stratégique dans une métropole caractérisée par une urbanisation rapide, des voies secondaires souvent dégradées et une forte dispersion de l’habitat.
À Douala, les motos-taxis représentent aujourd’hui le principal moyen de déplacement pour des milliers d’habitants. Dans plusieurs quartiers enclavés tels que Yassa, PK 14, Logbessou ou encore Bonabéri, elles constituent parfois l’unique solution de mobilité disponible.
« Nous ne pouvons pas imaginer le transport urbain à Douala sans les motos-taxis. L’objectif est de les intégrer dans une organisation plus moderne, plus sûre et plus efficace », explique un responsable impliqué dans le projet.
L’enveloppe annoncée devrait notamment permettre la mise en œuvre d’actions de sensibilisation, de formation et d’organisation des conducteurs. Des aménagements spécifiques pourraient également être réalisés à proximité des stations afin de faciliter les correspondances entre les motos et les bus.
Pour les syndicats de motos-taxis, cette évolution constitue une opportunité majeure. Si certains conducteurs redoutaient initialement que l’arrivée du BRT menace leurs activités, les concertations engagées par la Communauté urbaine de Douala ont progressivement dissipé les inquiétudes. « Le BRT ne doit pas nous remplacer, mais travailler avec nous. Si nous sommes bien organisés, tout le monde y gagnera », Bertrand estime un responsable syndical rencontré à Ndokoti.
Financé principalement par la Banque mondiale, le Projet de mobilité urbaine de Douala ambitionne de décongestionner durablement la circulation dans la métropole économique. Évalué à plus de 335 milliards de FCFA, il prévoit notamment la construction d’un corridor de Bus Rapid Transit, l’aménagement de voies de rabattement ainsi que la modernisation des infrastructures routières et des pôles d’échanges multimodaux.
Les travaux d’aménagement des premières voies de rabattement sont déjà engagés, avec une première enveloppe de 4,7 milliards de FCFA mobilisée pour lancer cette phase opérationnelle. Les autorités espèrent ainsi améliorer l’accessibilité aux futures stations du BRT et renforcer la fluidité des déplacements urbains.
Au-delà des infrastructures, le succès du BRT dépendra largement de sa capacité à fédérer l’ensemble des acteurs du transport urbain. En choisissant d’associer les motos-taxis à cette transformation, les pouvoirs publics misent sur une transition inclusive, susceptible de concilier modernisation des transports et préservation des milliers d’emplois générés par le secteur.
Pour de nombreux observateurs, cette intégration marque un tournant décisif dans la mise en œuvre du futur réseau de transport de masse de Douala, appelé à redessiner en profondeur les habitudes de déplacement des populations.
Diane Kenfack



