Organisation internationale de la Francophonie : le Rwanda en campagne pour le Secrétariat général

Réunis autour de l’ambassadeur Abdelkader Jamoussi, les cadres camerounais formés au Royaume chérifien veulent tailler une nouvelle silhouette à la coopération

La partie n’est pas encore jouée, mais les grandes manœuvres ont déjà commencé. À quelques mois du prochain sommet de l’Organisation internationale de la Francophonie, le Rwanda a discrètement remis sa machine diplomatique en ordre de bataille afin d’obtenir un nouveau mandat pour sa candidate, Louise Mushikiwabo. Parmi les capitales courtisées figure une nouvelle fois le Cameroun, considéré comme l’un des poids lourds politiques et démographiques de l’espace francophone africain.
Selon plusieurs sources diplomatiques concordantes, Kigali multiplie depuis plusieurs semaines les consultations bilatérales afin de consolider un bloc africain favorable à la reconduction de l’ancienne ministre rwandaise des Affaires étrangères. L’objectif est clair : éviter toute candidature alternative susceptible de fragmenter les voix du continent au moment où les équilibres géopolitiques au sein de la Francophonie évoluent rapidement.
Le Cameroun occupe dans cette équation une place particulière. Membre influent de l’organisation, disposant d’une longue tradition diplomatique et d’une relation historiquement stable avec Kigali, Yaoundé apparaît comme un soutien recherché. D’autant plus que les autorités camerounaises ont déjà accompagné, en 2018, l’accession de Louise Mushikiwabo au poste de secrétaire générale lors du sommet d’Erevan.
Depuis son arrivée à la tête de l’organisation, la diplomate rwandaise a entrepris de repositionner une institution souvent accusée de pesanteur bureaucratique et d’effacement politique. Sous son mandat, l’OIF a cherché à renforcer sa présence sur les questions liées à l’emploi des jeunes, au numérique, à l’entrepreneuriat féminin ou encore à la médiation politique dans plusieurs crises africaines. Ses soutiens mettent en avant une gestion plus pragmatique et une volonté de modernisation d’une organisation régulièrement sommée de démontrer son utilité dans un espace francophone traversé par les crises sécuritaires et les recompositions d’influence.
Ses détracteurs, eux, pointent une institution encore en quête de visibilité et dénoncent parfois une prudence excessive sur certains dossiers sensibles touchant aux libertés publiques ou aux transitions politiques dans l’espace francophone. Une critique récurrente dans un contexte où la Francophonie est appelée à définir plus clairement son rôle entre diplomatie culturelle, coopération économique et défense des valeurs démocratiques.
Pour Kigali, l’enjeu dépasse largement la seule personne de Louise Mushikiwabo. Une reconduction consacrerait l’installation durable du Rwanda au cœur des grands mécanismes de gouvernance francophone, malgré la singularité d’un pays qui a progressivement fait de l’anglais un vecteur majeur de son ouverture internationale tout en conservant un ancrage stratégique au sein de l’espace francophone.
À Yaoundé comme ailleurs, le message rwandais est simple : préserver le consensus africain autour d’une candidature déjà installée plutôt qu’ouvrir une bataille de succession aux contours incertains. Reste à savoir si les capitales francophones partageront cette lecture ou si l’OIF s’apprête à vivre une compétition plus ouverte qu’anticipé.
Dans les couloirs diplomatiques, une certitude demeure : avant même l’ouverture officielle des discussions, la campagne de la Francophonie a déjà commencé.
Ongoung Zong Bella



