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Paix et sécurité en Afrique centrale : Diplomatie des alarmes à Libreville

À défaut de casques bleus, ce sont désormais les mécanismes, les acronymes et les partenariats qui montent en première ligne. À Libreville, la Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale, l’Union africaine et le Bureau de liaison des Nations Unies auprès de l’UA ont remis sur la table l’éternelle équation sécuritaire de l’Afrique centrale : comment prévenir les crises avant qu’elles ne deviennent des guerres ouvertes.

Dans les salons feutrés de la capitale gabonaise, le ton était technique, presque clinique. Mais derrière les formulations diplomatiques, l’inquiétude est réelle. Entre poussées de violences armées, instabilités politiques chroniques et circulation transfrontalière des groupes armés, la sous-région reste l’un des maillons fragiles du continent africain.
Présidée par Marcel Mapangou Moussadji, Commissaire aux Affaires politiques, Paix et Sécurité de la CEEAC, la réunion a servi de séance de recalibrage stratégique entre organisations continentales et internationales. Objectif affiché : éviter les doublons, harmoniser les réponses sécuritaires et surtout consolider un partenariat tripartite que beaucoup jugent encore trop bureaucratique pour répondre à l’urgence des crises africaines.

Au centre des échanges, le financement des initiatives de paix. Sujet sensible. Car derrière les discours sur « l’appropriation africaine des solutions africaines », la réalité budgétaire demeure brutale : une grande partie des mécanismes sécuritaires régionaux continue de dépendre des bailleurs extérieurs. L’Union africaine et les Nations Unies ont d’ailleurs insisté sur la nécessité pour la CEEAC de renforcer sa présence dans les dispositifs continentaux de prévention et de gestion des conflits.

Autre point stratégique : le rôle des Communautés économiques régionales, devenues des acteurs incontournables dans l’architecture sécuritaire africaine. Dans cette mécanique institutionnelle, la CEEAC tente de repositionner son influence après plusieurs années de critiques sur sa lenteur opérationnelle.
Le Commissaire Marcel Mapangou Moussadji a notamment mis en avant le MARAC (le Mécanisme d’Alerte rapide de l’Afrique centrale) présenté comme un instrument-clé de veille et d’anticipation des crises. Une manière pour l’organisation sous régionale de rappeler qu’au-delà des sommets et des communiqués, la bataille sécuritaire se joue désormais dans la capacité à détecter les signaux faibles avant l’embrasement.
À l’issue de la rencontre, les trois partenaires ont promis de poursuivre les concertations pour aligner les priorités régionales sur l’Agenda 2063 de l’Union africaine et l’Agenda 2030 des Nations unies. Dans une Afrique centrale traversée par les turbulences, Libreville aura surtout servi à rappeler une évidence : en matière de sécurité, le multilatéralisme reste moins un luxe diplomatique qu’une nécessité de survie politique.

R.B.

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