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Pétrole en zone CEMAC : les bonnes nouvelles des États inquiètent les campagnes

Alors que la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) annonce une légère amélioration de l’indice des matières premières au premier trimestre 2026, la situation est loin d’être homogène. Derrière le rebond des hydrocarbures, la chute des cours agricoles fragilise davantage des millions de producteurs ruraux dont les revenus dépendent directement des marchés internationaux.

Sous le soleil de midi, au marché central de Yaoundé, les discussions tournent autour des prix. Ici, les annonces macroéconomiques de la sous-région semblent bien lointaines. Pourtant, leurs conséquences se font sentir jusque dans les exploitations familiales. Le 10 juin dernier, la BEAC a publié son Indice composite des cours des produits de base (ICCPB) pour le premier trimestre 2026. L’institution note une hausse globale de 0,7 %, mettant fin à plusieurs mois de recul. Une évolution portée essentiellement par les hydrocarbures, dont les prix ont progressé de 23 % sur la période.

Pour les États producteurs de pétrole de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), cette embellie représente une source bienvenue de recettes budgétaires. Au Cameroun, au Tchad, au Gabon ou encore au Congo, les finances publiques pourraient bénéficier de ce regain du marché énergétique. Mais sur le terrain, l’optimisme est loin d’être partagé. « Nous gagnons moins pour le même travail ». A Mbalmayo, dans la région du Centre, où le cacao constitue la principale source de revenus de nombreuses familles. Pour Kouéni Armelle, productrice depuis plus de quinze ans, la volatilité des cours devient une préoccupation permanente. « Quand les prix chutent, personne ne compense nos pertes. Pourtant, les dépenses du ménage restent les mêmes : école, santé, alimentation », confie-t-elle.

Selon la BEAC, les produits non énergétiques, notamment agricoles, ont enregistré une baisse moyenne de 15,4 % au premier trimestre. Une tendance qui affecte directement les économies rurales de la sous-région.
Au ministère camerounais de l’Économie, un responsable ayant requis l’anonymat reconnaît que la hausse des recettes pétrolières constitue une opportunité pour consolider les équilibres budgétaires. « Les cours du pétrole offrent une marge de manœuvre supplémentaire aux États. Mais cela ne doit pas faire oublier les défis liés à la transformation locale des produits agricoles et à la diversification économique », souligne-t-il.

Cette dépendance aux matières premières reste l’une des principales vulnérabilités de la Cemac. Les variations des prix sont largement déterminées par des facteurs extérieurs : décisions de l’OPEP+, tensions géopolitiques au Moyen-Orient ou encore évolution de la demande européenne et asiatique. Pour Moussa Ibrahim, chercheur au Ministère de la Recherche Scientifique et de l’Innovation (MINRESI), les chiffres publiés par la BEAC révèlent surtout « la coexistence de deux réalités économiques ». « D’un côté, les États voient leurs recettes augmenter grâce au pétrole. De l’autre, les ménages ruraux subissent une baisse de revenus liée à la dégradation des cours agricoles. Tant que les économies resteront peu diversifiées, cette contradiction persistera », analyse-t-il.

Dans les autres villes camerounaises, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur les retombées concrètes des périodes de hausse pétrolière. Plusieurs décennies d’exploitation des hydrocarbures n’ont pas toujours permis d’améliorer significativement les conditions de vie des populations rurales. Les organisations paysannes plaident désormais pour que les ressources générées par les cycles favorables du pétrole servent davantage à soutenir les filières agricoles, renforcer les infrastructures de stockage et améliorer l’accès aux marchés. Car pour les producteurs rencontrés, le principal enjeu n’est pas le prix du baril à Londres ou à New York, mais leur capacité à vivre dignement de leur travail.

Le rebond pétrolier observé au premier trimestre 2026 offre certes un répit aux finances publiques de la Cemac. Reste à savoir si cette embellie conjoncturelle permettra de réduire la vulnérabilité des campagnes ou si, une fois encore, les producteurs agricoles devront absorber seuls les contrecoups de la volatilité mondiale. Pour beaucoup de paysans, c’est à cette réponse que se mesurera la véritable portée de la bonne nouvelle annoncée par la BEAC.

Tom.

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