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Pièces rares, missions secrètes : Yaoundé à la chasse de la petite monnaie

Dans les rues de la capitale camerounaise, enfants, parents et passagers se transforment en stratèges urbains pour récupérer chaque pièce, révélant l’ingéniosité face à la pénurie de monnaie.

Les rarissimes pièces de monnaie

On croyait résoudre le problème de la monnaie en injectant de nouvelles pièces sur le marché. Mission : faciliter les transactions quotidiennes. Force est de constater que le miracle n’a pas eu lieu. La monnaie continue de se faire désirer, et les Camerounais font preuve d’ingéniosité pour boucler leurs échanges.
Fidèle, l’un des boutiquiers les plus connus de la Barrière dans le 3ᵉ arrondissement de Yaoundé, fulmine devant un spectacle répétitif : tous les dimanches, de petits enfants débarquent dans sa boutique, billets en main. L’innocence de leur âge contraste avec la stratégie derrière leurs gestes. « Depuis 11 heures, ces enfants viennent acheter… mais pas vraiment pour acheter », tonne-t-il. « Ils apportent 2 000 FCFA pour des articles à 250 FCFA. Le vrai but ? Obtenir les pièces ! »

Le boutiquier réfute l’idée que ces enfants sont les instigateurs : derrière eux, se cachent les parents, véritables chefs d’orchestre. « Chacun doit tout faire pour avoir des pièces de 50 et 100 FCFA. C’est l’argent des beignets pour la semaine », explique Fidèle, un brin exaspéré.

Petites pièces, grandes tensions
À Awae-Escalier, une dispute éclate entre un chauffeur et une cliente. Pour se rendre à la Barrière mixte de Nkongoa, le tarif est de 200 FCFA. La dame propose 150 FCFA ou 200 dans un billet de 500. Sans accord, elle monte dans le véhicule. À destination, elle sort 150 FCFA. Le chauffeur refuse et menace : « Vous me donnez mes 200 FCFA, sinon je confisque votre sac ! » La cliente réplique : « J’ai bien posé mon problème et j’ai cru que vous avez validé. Attends, je vous donne vos pièces ». Elle lance alors une pièce de 200 FCFA au conducteur, provoquant l’irritation des autres passagers : « Tu n’as pas honte ? Toutes ces manœuvres pour la petite monnaie, tu diminues le chiffre d’affaires d’un opérateur économique ». Le chauffeur conclut avec humour grinçant : « Tu as vu ta Beac pour te fabriquer les pièces ? »

Ces épisodes, parfois cocasses, parfois irritants, traduisent un phénomène sérieux : la pénurie de monnaie divise et force chacun à devenir inventif. Des enfants deviennent agents secrets de la petite monnaie, des clients négocient chaque billet, des chauffeurs improvisent arbitres. Derrière le tout se cache la gravité : la vie quotidienne d’une économie est parfois dictée par la valeur et la rareté de la monnaie la plus simple.

Ces scènes racontent plus qu’un problème de pièces. Elles illustrent la débrouillardise des Camerounais face aux absurdités de la vie urbaine. La monnaie devient à la fois un enjeu, un défi, et un terrain de créativité où le sérieux côtoie le comique, et où la société continue, pièce après pièce, à tourner son quotidien.

André Gromyko Balla

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