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Bruno Bekolo Ebé raconte sa prison dans un livre

À l’Université Catholique d’Afrique Centrale (UCAC), le professeur Bruno Bekolo Ebé a présenté son ouvrage « De l’autre côté du mur : la prison me fut une grâce », un témoignage de près de 600 pages sur treize années de procédure judiciaire et une expérience carcérale qui a profondément marqué sa vie. Le livre ouvre un débat sur les fragilités du système politico-judiciaire camerounais.

Pr Bruno Bekolo Ebe, face à la presse

L’amphithéâtre de la faculté de sciences juridiques et sociales de l’UCAC a servi de cadre à la dédicace de l’ouvrage « De l’autre côté du mur : la prison me fut une grâce », publié aux éditions L’Harmattan Cameroun. Avec ses près de 600 pages, le livre de l’ancien recteur de l’Université de Douala s’apparente presque à une seconde thèse pour cet agrégé des sciences économiques. Sur la couverture, un choix symbolique interpelle : la figure de Patrice Lumumba, emblème des luttes pour l’émancipation africaine, plutôt que celle de l’auteur lui-même.
L’ouvrage n’est ni un essai académique ni un pamphlet politique. Il s’agit d’un récit autobiographique dans lequel Bruno Bekolo Ebe revient sur treize années de procédures judiciaires qui l’ont conduit à la prison centrale de Kondengui, avant d’être finalement acquitté par le Tribunal administratif de Yaoundé et le Tribunal criminel spécial.

Soupçonné de détournement de deniers publics, l’ancien gestionnaire public a traversé une longue épreuve judiciaire avant de voir son innocence reconnue. Dans son livre, il raconte ce combat mené pour défendre sa liberté, sa réputation et sa dignité. Pour analyser cet ouvrage lors de la dédicace, deux personnalités ont été invitées à en proposer une lecture critique : le professeur Alain Ondoa, doyen de la faculté des sciences juridiques et politiques de l’Université de Yaoundé II, et Viviane Ondoa Biwolé, spécialiste du management public et ancienne dirigeante d’institution académique.

Selon Alain Ondoa, l’ouvrage explore en profondeur les dimensions organiques et procédurales de l’affaire. Il met en lumière les dysfonctionnements de la justice et la manière dont certains principes fondamentaux peuvent être fragilisés dans un contexte judiciaire parfois politisé. Pour autant, le doyen souligne que le dénouement de l’affaire montre aussi l’existence, au sein de l’appareil judiciaire, d’acteurs attachés à la vérité et à l’éthique. L’acquittement de Bruno Bekolo Ebe serait ainsi le résultat d’une stratégie de défense solide et d’un engagement personnel constant dans la bataille judiciaire.

Dans sa lecture de l’ouvrage, Viviane Ondoa Biwolé insiste sur la dimension humaine et sociale de cette affaire. Elle évoque une trajectoire personnelle profondément bouleversée par une accusation publique qui a marqué la famille de l’auteur. Plusieurs épisodes douloureux sont racontés dans le livre. L’un des plus marquants concerne le fils de l’auteur, confronté au regard accusateur de certains passants qui le désignent comme « le fils du pilleur de la République ». Autre moment traumatisant : la petite-fille de Bruno Bekolo, élève au secondaire, qui découvre la photo de son grand-père dans un exercice scolaire consacré aux détourneurs de fonds publics. L’épreuve psychologique sera telle qu’elle devra changer d’établissement. À ces blessures s’ajoute une tragédie personnelle : le décès de l’épouse de l’auteur alors qu’il était encore détenu, sans qu’il puisse assister aux obsèques.

Pour Viviane Ondoa Biwolé, le livre met en lumière le paradoxe d’un gestionnaire public accusé alors qu’il cherchait, selon elle, à moderniser les pratiques de management. Elle estime que l’ouvrage constitue aussi un miroir des fragilités institutionnelles qui peuvent peser sur les responsables publics.

Face à ces épreuves, Bruno Bekolo Ebe affirme que son livre n’est pas une œuvre de revanche. « Ce livre n’est pas né d’un désir de règlement de comptes, mais d’un désir de vérité », a-t-il déclaré lors de la cérémonie. Durant sa détention, l’ancien recteur s’est engagé dans une réflexion personnelle profonde, allant jusqu’à entreprendre des études en droit biblique. Cette expérience l’a conduit à une forme de transformation intérieure marquée par le pardon et la quête de sens.

Pour les intervenants présents à la dédicace, l’ouvrage livre ainsi une double leçon : celle de la force morale face à l’adversité et celle de la capacité d’un individu à se reconstruire après une épreuve judiciaire et humaine. Au-delà de son récit personnel, « De l’autre côté du mur : la prison me fut une grâce » ouvre un débat plus large sur la justice, la responsabilité publique et les défis institutionnels auxquels sont confrontés les gestionnaires de l’État au Cameroun.

André Gromyko Balla

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