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Commerce mondial : l’Afrique centrale joue gros à Yaoundé

La capitale camerounaise devient le théâtre d’échanges décisifs pour le commerce mondial du 26 au 29 mars. La sous région cherche à peser dans les négociations, défendre ses intérêts et transformer ses ressources en décisions concrètes.

La DG, Mme Okonjo-Iweala

À Yaoundé, même les embouteillages semblent vouloir négocier leur place. Signe que la ville s’est mise, elle aussi, au rythme des grands arbitrages mondiaux. Dans la capitale camerounaise, la 14ᵉ Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ne se limite pas à une simple rencontre diplomatique : elle représente une véritable épreuve de vérité pour l’Afrique centrale, un moment où la sous-région cherche à transformer ses aspirations en résultats concrets.

Premier enjeu : peser enfin dans les règles du jeu
Longtemps spectatrice, l’Afrique centrale entend désormais devenir actrice. La réforme de l’OMC offre une opportunité rare pour faire entendre sa voix sur la scène internationale. « Si nous ne parlons pas d’une seule voix, d’autres décideront à notre place », rappelle Degaulle Moukala, expert en commerce international basé à Yaoundé. Selon lui, l’objectif des pays d’Afrique centrale est clair : « obtenir un système commercial plus équitable, où les pays en développement disposent de marges de manœuvre réelles ». « Il ne s’agit plus d’être invités à la table, mais de participer à l’écriture du menu », résume l’analyste tchadien Saleh Djourtana, approché par Télé Tchad ce 25 mars 2026. D’ici se profile une prise de conscience. Celle qui traduit un désir profond de ne plus subir les décisions extérieures, mais de peser sur les choix qui façonnent le commerce mondial.

Deuxième enjeu : protéger sans s’isoler.
Sur le front agricole, l’équation est délicate. Entre ouverture des marchés et préservation des filières locales, l’Afrique centrale marche sur une ligne de crête. Les négociateurs attendent des mécanismes capables de limiter l’impact des subventions étrangères tout en soutenant les producteurs locaux. « Les négociations agricoles doivent garantir notre sécurité alimentaire, sinon elles resteront théoriques », insiste Pr Mathew Egbe. Pour l’agrégé camerounais en sciences économiques, « la question n’est pas seulement économique : elle touche à la souveraineté alimentaire et à la capacité des populations d’Afrique centrale à vivre dignement de leurs productions».

Troisième enjeu : transformer localement pour capter la valeur

L’Afrique centrale regorge de richesses naturelles. Mais leur exportation brute prive la sous-région d’une grande partie de la valeur ajoutée. « Sans transformation, nous resterons dépendants ; avec elle, nous changeons de statut », tranche Pr Bruno Bekolo Ebe. La conférence est ainsi l’occasion de défendre des règles commerciales qui favorisent l’industrialisation locale et l’accès aux marchés pour les produits transformés. Transformer sur place, c’est à la fois renforcer l’économie régionale et créer des emplois, tout en réduisant la vulnérabilité aux fluctuations internationales.

Quatrième enjeu : ne pas rater le virage numérique
Le commerce mondial se digitalise à grande vitesse. Pour l’Afrique centrale, rester en marge serait un handicap durable. L’attente porte sur des règles inclusives qui permettent aux PME d’accéder au commerce électronique et réduisent la fracture technologique. « Le numérique peut être un accélérateur… ou un facteur d’exclusion supplémentaire », avertit un spécialiste du secteur. La conférence doit donc servir à définir des cadres qui favorisent l’innovation locale, tout en protégeant les acteurs économiques les plus fragiles.

Cinquième enjeu : parler d’une seule voix
À l’heure de la Zone de libre-échange continentale africaine, la dispersion des positions serait un luxe dangereux. La coordination régionale est essentielle pour peser face aux grandes puissances commerciales et faire entendre une vision commune. L’Afrique centrale cherche à transformer cette conférence en levier d’intégration, démontrant que la solidarité et la cohérence sont des armes stratégiques dans les négociations internationales.

Au fond, une exigence traverse toutes les délégations : passer des promesses aux résultats. Car au-delà des discours, ce sont des millions de producteurs, d’entrepreneurs et de consommateurs qui attendent des décisions concrètes et tangibles. La conférence de Yaoundé représente donc un test de maturité diplomatique et économique pour la sous-région.

Tom.

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