Coopération énergétique : la SNH et la Chine affinent les lignes d’un avenir commun
Au centre des échanges entre les deux parties : ambitions industrielles, transfert de technologies et consolidation d’un partenariat stratégique tourné vers la transformation locale et la valorisation énergétique.

À Yaoundé, le siège de la Société Nationale des Hydrocarbures a pris, le temps d’une matinée, les allures feutrées d’un salon diplomatique où l’économie serre la main à la géopolitique. Ce 16 avril 2026, la SNH a accueilli une délégation de l’Ambassade de la République populaire de Chine au Cameroun, conduite par le nouveau Conseiller économique et commercial, Xiao Guofeng, dans le cadre d’une visite de courtoisie et de travail. Derrière la solennité des formules, la rencontre a surtout révélé une volonté commune : consolider un partenariat déjà ancien et lui donner une résonance plus industrielle, plus stratégique, presque plus poétique.
Représentant l’Administrateur-Directeur Général, le Conseiller n°2, Mme Nathalie Moudiki, a planté le décor avec la précision d’une diplomate et la fermeté d’une technicienne du secteur. Elle a salué l’excellence des relations entre le Cameroun et la Chine, deux partenaires dont les échanges semblent désormais avancer au rythme des grands chantiers structurants. Dans ses propos, il y avait ce ton mesuré propre aux institutions, mais aussi la conscience que, dans le domaine des hydrocarbures, chaque mot pèse parfois autant qu’un baril.
Au cœur des discussions, les regards se sont naturellement tournés vers Kribi, cette ville-port qui, au fil des années, s’impose comme l’un des grands laboratoires du développement industriel camerounais. Là-bas, entre l’océan qui respire et les grues qui dessinent l’horizon, plusieurs projets structurants avancent avec l’ambition de redessiner la carte énergétique du pays.
La délégation chinoise a notamment été édifiée sur l’état d’avancement du projet CSTAR, qui prévoit la construction d’une raffinerie et d’un dépôt pétrolier. Plus qu’une infrastructure, ce projet apparaît comme une promesse : celle de renforcer la capacité nationale de transformation et de stockage des produits pétroliers, tout en réduisant certaines dépendances extérieures. Dans le langage de l’économie, cela s’appelle de la valeur ajoutée ; dans celui de la poésie, on pourrait dire qu’il s’agit d’apprendre au pétrole à raconter son histoire sur la terre même qui le voit naître.
Les échanges ont également porté sur l’extension de l’usine KEDA, spécialisée dans la production de carreaux en céramique. Si les carreaux habillent les murs et les sols, le gaz naturel, lui, en est l’âme invisible. La SNH, qui assure l’approvisionnement énergétique de cette unité, confirme ainsi son rôle central dans la dynamique industrielle en cours. À travers ce partenariat, l’énergie ne se contente plus d’alimenter des machines ; elle devient le souffle discret qui accompagne la transformation locale des matières premières et la montée en puissance du tissu productif.
Au-delà des projets visibles, la rencontre a aussi ouvert des perspectives sur le secteur amont. Exploration, exploitation, innovation technique : autant de dossiers sur lesquels la coopération sino-camerounaise pourrait se renforcer dans les mois à venir. Mais le véritable enjeu, celui qui donne à cette rencontre une portée plus durable, réside sans doute dans le transfert de technologies et le renforcement des capacités locales.
Dans un monde où les ressources naturelles ne suffisent plus à garantir la prospérité, la maîtrise du savoir-faire devient la nouvelle richesse. Former des compétences locales, encourager l’appropriation technologique, favoriser l’émergence d’une expertise camerounaise solide : voilà le socle sur lequel peut se construire une souveraineté énergétique plus affirmée.
La promotion du made in Cameroon s’est d’ailleurs invitée dans les discussions comme une note d’espérance. Car derrière les chiffres, les conventions et les plans d’investissement, il y a une ambition plus vaste : faire du Cameroun non seulement un territoire de ressources, mais aussi une terre de transformation, d’innovation et de création de valeur.
La rencontre s’est achevée par un échange de présents, geste protocolaire en apparence, symbole diplomatique en profondeur. Dans ces objets offerts se lisait, au-delà de la courtoisie, la volonté de prolonger un dialogue déjà fertile. Comme deux fleuves qui se rejoignent avant de poursuivre leur course, Yaoundé et Pékin semblent vouloir écrire ensemble un nouveau chapitre de leur partenariat stratégique.
Sous les lustres du siège de la SNH, ce jour-là, il n’était pas seulement question de pétrole, de gaz ou d’usines. Il était aussi question d’avenir, de confiance et de cette étrange alchimie qui fait que les intérêts économiques, lorsqu’ils sont bien accordés, peuvent parfois prendre la douceur d’un poème.
Jean -René Meva’a Amougou

