Kolofata : après l’incendie, la Croix-Rouge rallume l’espoir
Dans cette localité camerounaise frontalière au Nigeria, le feu n’a pas seulement ravagé des camps : il a brutalement exposé la vulnérabilité de milliers de vies déjà suspendues à l’urgence. Face aux cendres encore fumantes, la Croix-Rouge déploie une riposte d’envergure pour refaire la vie.

Il est des nuits où le destin bascule dans l’horreur. Le 7 février 2026 restera gravé dans la mémoire des déplacés de Kolofata comme celle où le feu a tout emporté. Située à la lisière de la frontière nigériane, cette localité est devenue, au fil des années de conflit, une zone tampon accueillant des milliers de familles en quête de sécurité. Mais ce refuge précaire a été le théâtre d’un véritable cauchemar lorsqu’un incendie de grande ampleur a ravagé simultanément les camps de Ndaba et de la Tribune. L’évaluation rapide menée par la Croix-Rouge Camerounaise (CRC) dans les 24 heures suivant le sinistre a révélé l’ampleur du désastre. Le bilan humain est lourd : un jeune garçon de cinq ans a perdu la vie et six personnes ont été grièvement brûlées.

Sur le plan matériel, c’est tout un mode de vie qui est parti en fumée. Près de 1 000 ménages, soit plus de 6 000 personnes, ont vu leurs abris, leurs stocks alimentaires et leurs biens essentiels totalement détruits. L’incendie a également mis hors service le moulin communautaire et le système d’approvisionnement en eau potable (mini AEP) du camp de Ndaba, aggravant instantanément la vulnérabilité des survivants.
Une course contre la montre pour l’urgence
Face à ce chaos, la solidarité s’est organisée en un temps record. « Dans l’humanitaire, chaque heure compte », rappelle un responsable de la CRC. Sous 72 heures, avec l’appui du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 1 000 kits d’articles essentiels (couvertures, lampes solaires, ustensiles de cuisine et kits d’hygiène) ont été distribués.
Pendant que les blessés étaient pris en charge gratuitement à l’hôpital de district de Kolofata, des techniciens s’affairaient à réparer les points d’eau. « Une bénéficiaire du camp Tribune s’est dite soulagée après avoir reçu l’assistance, un peu de réconfort après l’horreur des flammes », rapporte un volontaire sur place.
Si l’aide d’urgence a permis de parer au plus pressé, la phase de stabilisation a franchi une étape décisive les 24 et 25 mars 2026 à Maroua. Dans le cadre d’un atelier de coordination, la Croix-Rouge Camerounaise a officiellement lancé l’opération d’urgence « DREF Kolofata ». Cette initiative s’appuie sur la mobilisation d’un fonds d’urgence (Disaster Response Emergency Fund – DREF) de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (IFRC) s’élevant à 433 917 CHF (environ 295 millions de FCFA). Ce financement garantit la poursuite des opérations et offre une visibilité sur les cinq prochains mois pour les populations sinistrées.
L’innovation par le « Cash » pour la dignité
L’un des piliers de cette opération est le choix de l’assistance monétaire. Chaque ménage a reçu un transfert de 55 000 XAF. Ce choix stratégique permet aux familles de reprendre leur destin en main en couvrant leurs besoins les plus urgents selon leurs propres priorités, tout en stimulant l’économie locale.
Regarder vers l’avenir est désormais la priorité. Le combat contre les épidémies, notamment le choléra, est au cœur de la stratégie de la Croix-Rouge. Le plan d’action prévoit la construction imminente de 30 latrines d’urgence et de 10 douches pour restaurer des conditions d’assainissement décentes. Ces infrastructures seront complétées par des campagnes de sensibilisation à l’hygiène et la distribution d’Aquatabs pour le traitement de l’eau à domicile. À Kolofata, si la reconstruction s’annonce longue, la mobilisation constante des volontaires et des partenaires internationaux rappelle que, même au cœur des cendres, l’humanité reste debout.
Mani Merlin
Ils ont dit…
Cécile Akame Mfoumou, Présidente Nationale de la Croix-Rouge Camerounaise

« Ces populations ont des besoins énormes »
« Effectivement, nous sommes venus ici à Kolofata pour toucher du doigt la situation humanitaire que vivent les populations sinistrées de cet arrondissement. Nous nous sommes rendu compte que les besoins sont énormes. Il est bien vrai, l’État a apporté un soutien à ces populations. Et le mouvement Croix-Rouge, dont le Comité International de la Croix-Rouge, la Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, la Croix-Rouge camerounaise a apporté un appui également pour accompagner l’État dans ce qu’il a déjà fait pour ces populations. Et nous leur avons apporté des biens, des dons alimentaires, des dons vestimentaires. Nous avons essayé de résoudre en partie leurs besoins en assainissement et nous avons construit des latrines provisoires, mais je crois qu’à la longue, il faudrait des latrines définitives.
Le constat est lequel ? Le constat que nous avons fait est que nous devons continuer à soutenir ces populations. Ces populations ont des besoins énormes. C’est l’occasion pour nous de lancer à nouveau un appel à toutes les âmes de bonne volonté susceptibles d’accompagner la Croix-Rouge camerounaise dans cette action titanesque que nous menons ici à Kolofata et même dans toute la région de l’Extrême-Nord, dans une partie de la région du Nord, de la région de l’Est. Donc ça, ce sont les régions dans lesquelles nous avons fait des évaluations. Ça c’était vraiment quelques régions, mais je peux dire que plusieurs régions de notre pays connaissent ce problème d’insécurité alimentaire. Donc voilà ce que je peux dire».
Colonel Boukar Satomi, maire de Kolofata

« 90% de la maintenance de nos forages, c’est la Croix-Rouge »
« Une appréciation de joie, de bonheur. Et je profite de l’occasion, pour remercier la Croix-Rouge entière et particulièrement ceux qui nous assistent localement. Je vous assure que 90% de la maintenance de nos forages, c’est la Croix-Rouge. Donc je vous dis, Madame, merci. Kolofata ne saurait vous être plus reconnaissante. Et j’espère que notre collaboration va continuer et on aura aussi un jour à donner quelque chose à la Croix-Rouge ».
Ibrahim Tchomba, Sous-préfet de Kolofata

Kolofata tous ces derniers temps a connu beaucoup d’incendies
« il était quand même de bon ton que, vous savez comme un adage dit, on connaît les amis quand nous sommes en souffrance, il était de bon ton de ce que le Comité International de la Croix-Rouge ensemble avec la Croix-Rouge Nationale puisse faire le déplacement pour être au chevet des victimes, des sinistrés de ces incendies et témoigner, toucher du doigt les réalités que vivent ces populations qui ont tant besoin du réconfort et des appuis pour pouvoir se relever en prolongement des actions de l’État à leur endroit. Donc nous ne pouvons que dire merci à la Présidente Nationale, merci également à la Fédération d’être d’avoir fait le déplacement pour venir ici à Kolofata. »


