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Téléphone portable : « Tchoronko » signe son retour en force

Dans un environnement où l’innovation est souvent associée à la sophistication, le succès de ces téléphones rappelle une vérité essentielle : parfois, la simplicité reste la meilleure des solutions.

Sac de Tchoronko livré à un détaillant

Dans les rues de Yaoundé, un outil de communication que l’on croyait dépassé fait un pied de nez à l’évolution technologique et refait surface avec une énergie presque ironique. Il s’agit du téléphone basique et ordinaire, affectueusement appelé « Tchoronko ». Longtemps relégué au rang d’appareil démodés, il retrouve aujourd’hui une nouvelle jeunesse, porté par des réalités très concrètes du quotidien camerounais.

Pendant plus d’une décennie, la domination des smartphones, notamment les modèles Android et Apple, avait relégué ces appareils simples aux oubliettes. Mais entre réseau instable, coût élevé de la data et coupures fréquentes d’électricité, de nombreux utilisateurs redécouvrent les avantages d’un téléphone robuste, autonome et sans fioritures. Le « Tchoronko » redevient ainsi une réponse pragmatique à une fracture numérique bien réelle.

Dans les quartiers populaires comme dans les carrefours animés de la capitale, certains vendeurs ont rapidement flairé l’opportunité. Boyomo, ancien « apacheur » (NDLR : commercial intermédiaire) travaillant avec un opérateur de téléphonie mobile, a complètement réorienté ses activités. Fini les déblocages et les réabonnements chronophages : place à la vente de Tchoronkos. Il affirme écouler au moins 15 appareils par jour. Cette reconversion n’a pas été sans heurts, puisqu’il a dû gérer des clients mécontents après avoir laissé en suspens certaines prestations. Mais pour lui, le calcul est simple : le gain est plus rapide et plus conséquent.

André, son collègue, adopte une stratégie différente mais tout aussi efficace. Approvisionné par un fournisseur basé en Chine, il joue sur les volumes. En vendant chaque appareil à 3 800 FCFA avec une faible marge, il parvient à écouler entre 30 et 40 téléphones quotidiennement. La demande est telle que ses stocks s’épuisent rapidement, illustrant une tendance qui dépasse le simple effet de mode.

D’autres acteurs du secteur informel s’adaptent également. Alain, distributeur de crédits téléphoniques et de services Orange Money, propose désormais des kits complets à ses clients. En combinant ses activités, il maximise ses revenus dans un contexte économique où la débrouillardise reste une nécessité.

Du côté des consommateurs, les motivations varient mais convergent vers une même logique d’efficacité. Appréciant sa simplicité et sa discrétion Christian, fonctionnaire, privilégie le « Tchoronko » pour des communications qu’il juge sensibles. À l’inverse, Édith, styliste, y voit une solution économique face aux vols répétés de smartphones. Pour elle, perdre un téléphone à 5 000 FCFA reste bien moins douloureux qu’un appareil valant plusieurs centaines de milliers de francs CFA.

Ce retour du « Tchoronko » n’est donc pas un simple phénomène nostalgique. Il révèle une adaptation intelligente des usages face aux contraintes technologiques et économiques.

André Gromyko Balla

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