Sept ans…
Oui, vous avez bien lu : sept ans. Sept ans que certaines communautés de l’Extrême-Nord du Cameroun vivent sans électricité.

Sept ans à compter les étoiles quand le soleil se couche, à chercher désespérément une prise qui fonctionne, ou à inventer des panneaux solaires bricolés avec ce qu’on trouve dans le marché local. Sept ans à faire preuve d’une ingéniosité qui ferait rougir les plus grands inventeurs, juste pour pouvoir charger un téléphone et envoyer un message à la famille.
Dans ces villages reculés, le noir n’est pas qu’une absence de lumière : il devient un partenaire de vie, un compagnon obstiné qui ne vous laisse jamais dormir tranquille. Les enfants font leurs devoirs à la lumière des laampes portatives ou de bougies qui vacillent comme pour leur rappeler qu’elles ne sont là que pour un temps. Les familles improvisent des générateurs miniatures, recyclent des batteries ou transforment de vieilles piles en sources de lumière. Une véritable leçon d’ingéniosité… imposée par la nécessité, pas par choix. Chaque petit geste devient une victoire contre le noir obstiné. L’inventivité devient un impératif, non pas par passion de la technologie, mais par nécessité absolue. Dans ce contexte, même le chargeur de téléphone est un trésor stratégique, et chaque étincelle de lumière est célébrée comme un miracle.
L’ironie de la situation n’échappe à personne. D’un côté, un pays qui annonce fièrement sa souveraineté énergétique ; de l’autre, des villages plongés dans l’obscurité, à attendre que le courant – si courant il existe vraiment – daigne se pointer. L’humour dans tout ça ? Il est un peu noir lui aussi. Comment expliquer aux visiteurs que « oui, le Cameroun est autosuffisant… sauf ici » ? On imagine déjà la tête des investisseurs ou des partenaires internationaux, invités à admirer la « performance » énergétique nationale sous un ciel sans ampoules.
Et pourtant, malgré cette longue hibernation de l’électricité, les habitants ne se laissent pas abattre. Leur ingéniosité est un antidote à la frustration : ils inventent, bricolent, s’adaptent. Chaque téléphone chargé, chaque lampe qui s’allume devient une petite victoire. Une victoire contre le silence et le noir, contre les promesses politiques trop souvent répétées mais rarement concrétisées.
L’heure du bilan approche : peut-on encore parler d’autosuffisance énergétique quand des villages entiers survivent à la bougie et aux panneaux solaires de fortune ? Peut-on applaudir un pays pour son indépendance électrique quand certains de ses citoyens vivent dans le siècle passé, à compter les heures jusqu’au prochain éclair de génie pour faire fonctionner une ampoule ? L’humour, l’ironie et la patience deviennent alors les seuls accessoires indispensables pour traverser cette longue nuit.
Leçon finale ? Si le Cameroun est réellement autosuffisant, qu’on nous branche enfin ! Sinon, au moins qu’on nous fournisse des lampes LED à vie et quelques batteries supplémentaires. Parce que sept ans à jouer à cache-cache avec le courant, même les plus patients finissent par réclamer la lumière… et un peu de justice énergétique.
Jean-René Meva’a Amougou



